Extrait du discours d'ouverture de l'Assemblée plénière des évêques de France de mars 2012
La question à laquelle nous sommes confrontés n’est plus un débat d’école sur le sens ou l’opportunité de la nouvelle évangélisation. Sur ce sujet, tout a été pensé
et tout a été dit. Maintenant, il s’agit de le faire. Nous sommes invités à un travail de fond sur la mise en œuvre de la nouvelle évangélisation. Et, comme nous le savons, les premiers
bénéficiaires de l’évangélisation sont ceux qui en ont reçu la mission. Par la nouvelle évangélisation, c’est d’abord nous-mêmes qui sommes entraînés à un nouvel accueil de la Bonne Nouvelle dans
la situation qui est la nôtre aujourd’hui. C’est dans la mesure où nous recevons l’Evangile de manière toujours nouvelle que nous pouvons réellement contribuer à son annonce.
L’Année de la Foi à laquelle nous sommes invités par le Pape ne vise pas seulement des initiatives diocésaines qui seront sans doute nombreuses ou une relance des
mouvements d’évangélisation qui est toujours nécessaire. Elle est un appel adressé à chaque chrétien pour procéder en Église à une démarche de renouvellement de sa profession de foi. Ce renouveau
concerne en même temps l’acte de liberté personnelle qui répond à l’appel de Dieu et le contenu spécifique de la foi chrétienne qui lui donne son identité propre. Il est le fondement de notre
engagement dans la nouvelle évangélisation.
Dans notre pays de tradition chrétienne, la nouvelle évangélisation est souvent vécue comme un effort pour raviver chez beaucoup de nos contemporains la saveur de
l’Evangile qu’ils ont souvent oubliée mais qui demeure comme une ressource latente. Cet appel adressé aux héritiers de la tradition chrétienne est souvent mieux entendu que nous ne l’imaginons.
Et beaucoup des héritiers de cette tradition constituent les troupes des catéchumènes adultes et jeunes que nous accompagnons en ce temps de Carême. Mais la mobilité nouvelle des populations
conduit dans notre pays des immigrés originaires d’autres traditions religieuses ou simplement des hommes de bonne volonté à qui la préoccupation religieuse est étrangère et qui ont ainsi une
chance de découvrir chez nous une annonce de Jésus-Christ, même si elle est parfois maladroite ou insuffisante à nos propres yeux.
Les commencements de l’Église apostolique nous montrent que l’annonce du kérygme est indissociable des signes de l’amour de Dieu pour les hommes manifesté dans la
vie des chrétiens. C’est notre capacité à servir nos frères qui attire leur attention sur le contenu de notre foi tel que nous pouvons le proposer dans une société sécularisée. Nous sommes bien
convaincus que nos œuvres n’ajoutent rien à la splendeur de la vérité, mais nous savons aussi, comme nous le dit clairement l’épître de Jacques, que la foi sans les œuvres est inerte et
imperceptible. C’est pourquoi, au cours des siècles l’élan missionnaire de l’Église a été constamment illustré par l’engagement des chrétiens dans les combats de ce monde. La préparation du
rassemblement Diaconia 2013 est pour nous une occasion de nous rappeler le lien étroit qui unit la foi et la charité.
C’est dans cette tradition d’une confession de foi mise en pratique dans toutes les conditions de la vie quotidienne que s’est enracinée dans notre pays une vigueur
missionnaire magnifique dans les deux siècles écoulés. La puissance de l’Esprit a suscité des hommes et des femmes capables de rendre témoignage à l’Évangile dans toutes les circonstances. Nous
sommes les héritiers de ce dynamisme missionnaire incarné dans le quotidien au plus près de la vie des hommes. Notre mission aujourd’hui est de lui donner corps dans les circonstances actuelles
qui ne sont plus celles du XIX° siècle, ni même du XX°.(…)
Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France