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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 22:08

 La Sainte famille de Jésus, modèle pour nos familles aujourd’hui ?

 

 

 

Voici le texte de l’homélie du père Frédéric Benoist, curé du Raincy, prononcée en la fête de la sainte Famille, le dimanche 30 Décembre 2012

 

 

Déclarée sainte et proposée en exemple à toutes nos familles, la famille de Jésus n’est pourtant pas un modèle du genre : un projet de rupture de fiançailles ; un "père" qui n’est pas le père ; un accouchement en voyage et dans la précarité ; un fils unique, du moins à s’en tenir aux évangiles de l’enfance ; un enfant qui fait une fugue à douze ans… Sans compter que les évangiles ne citent aucune parole de Joseph et que Marie "garde toutes ces choses dans son cœur". La communication n’est pas au premier plan ! Nous devons donc chercher ailleurs ce qui fait la « perfection » de cette famille.

Que pourrions nous dire de Marie ? Marie s’en remet entièrement à Dieu. Elle se tourne aussi vers un  Dieu sauveur, c’est à dire un Dieu qui ouvre une perspective de vie au-delà d’elle-même (de nous même). Dans son Cantique d’action de grâce, lors de la visite à sa cousine Elisabeth, Marie se décentre d’elle même et prie pour  tous les humbles, les petits, les humiliés. Les riches d’orgueil et de certitudes et les suffisants sont  considérés comme étant dans l’erreur. Cette prière du Magnificat est l’une des rares paroles attribuées à  Marie dans l’Evangile . Ce sont les autres : Elisabeth d’abord, les bergers ensuite et enfin le vieux Syméon, qui lui permettront d’approfondir  le mystère de la naissance de son Fils Jésus, le « Fils du Très Haut ». Marie garde aussi tous ces événements dans son cœur nous dit l’Evangile. Elle vit des lumières que lui révèle la Parole de Dieu. Cette Parole donne sens à son existence et valeur aux événements quotidiens au sein de son peuple , dans le respect des traditions et coutumes de l’époque.

Que pourrions-nous dire de Joseph ? Les Evangiles sont encore plus avares en révélations à propos de Joseph:

« Joseph n’est pas un figurant , il est un homme de Dieu auquel est transmis l’héritage promis à David et à sa descendance. Joseph c’est le silence de la mémoire. Il n’a laissé aucun écrit, On ne cite de lui aucune parole. Il est vraiment l’homme de l’ombre. L’essentiel en lui c’est ce qui ne se voit pas » (monseigneur Panafieu, archevêque émérite de Marseilles). Pourtant il a éduqué Jésus, il lui a enseigné un métier, il l’a conduit à la synagogue, il lui a transmis la foi de son peuple comme lz fait tout père juif. En homme croyant, Joseph, li aussi, comme Marie, fait confiance en Dieu et croit en sa Promesse annoncée par la bouche des prophètes. Il a la certitude qu’elle se réalisera même si les circonstances de son accomplissement sont plutôt surprenantes. Mais pour lui aussi, « rien n’est impossible à Dieu ».

 Revenons donc à cette famille de Jésus dite « sainte ». Nous avons sans doute trop réduit le sens de ce mot à une signification morale. En fait, ce qui est saint, dans l’Écriture, c’est ce qui appartient à Dieu et c’est ce que réalise Dieu lui-même. Quel est le projet de Dieu tel que nous le révèle la Bible ? C’est d’être « image  et ressemblance ». Nous ne pouvons devenir image et ressemblance de Dieu qu’en devenant des êtres de relations.  Quelque soient les époques ou les circonstances de la vie, les relations primordiales et fondamentales de notre humanité sont  la paternité, la maternité, la filiation . Tous les autres liens s’en inspirent. Plus tard Jésus dira qu’il faut quitter père et mère quand on veut se marier ou  pour le suivre. Cela signifiera que nous sommes appelés  comme à une seconde naissance. Cependant, si la famille de Jésus a pu être considérée comme exemplaire, c’est qu’elle met en évidence des attitudes fondamentales, essentielles pour toute famille.

 Bien entendu, la première idée qui vient à l’esprit est que la famille du Christ se caractérise par l’amour mutuel. Mais de quel amour parlons-nous? On le confond facilement et souvent aujourd’hui avec toutes nos émotions nos sentiments même fugitifs. Ces derniers peuvent parfois se transformer en  désir de posséder l’autre ou d’être possédé. Or, avec le Christ, nous apprenons que l’amour consiste au contraire à se déposséder de soi-même. L’amour atteint sa perfection quand il se donne, sans chercher la réciprocité. Si les Évangiles ne nous rapportent qu’un seul dialogue échangé dans la famille de Jésus (Luc 2,48-49), c’est que l’amour ne réside pas dans des paroles mais dans la décision de donner et de se donner. Jésus a su prendre de telles décisions, nous dit l’Evangile lorsqu’il partait prier son Père.

 Certains se demanderont comment cette obéissance à Dieu peut se concilier avec notre liberté ? Comme si l’accueil de la volonté de Dieu allait en opposition à notre liberté… La relation à Dieu est en fait un véritable appel à notre liberté en plénitude. Jésus, Marie et Joseph, chacun à leur manière, sont parfaitement libres parce qu’ils  accueillent et accomplissent la volonté de Dieu. En cela toutes les familles ont à imiter celle de Jésus. L’amour commence en effet,  par le respect de l’autre en sa différence. Le tout autre qu’est Dieu nous ouvre  le chemin de cet accueil de la différence.

La sainte famille peut elle être un modèle pour nos familles aujourd’hui ? Sujet souvent passionnel, la famille est aussi un enjeu passionnant pour l'avenir de notre société. Elle se situe  au croisement du bien des individus et du bien commun.   Elle est d'abord un lieu d'épanouissement des individus. Dans un monde en perpétuel mouvement et insécurisant, elle peut même devenir pour beaucoup aujourd’hui,  un lieu refuge.
 
 Dans le même temps, la famille reste la cellule de base de la vie en société. Aucune société ne pourra jamais se passer de la famille.

C’est vrai, convenons-en, , l'augmentation du concubinage, des divorces ou des naissances hors mariage fragilisent la famille comme institution traditionnelle. Et ce depuis plus d’un demi  siècle.
 
 
Les familles monoparentales ou recomposées, les nouvelles manières de vivre en couple ou de devenir parents, ont aussi peu à peu bousculé la structure de la famille traditionnelle. On dissocie de plus en plus l'alliance de la procréation, et parfois même, la procréation de la filiation

Comment se laisser alors travailler dans la foi et l'espérance par ces défis d’aujourd’hui ? Reconnaissons que nos familles ont beaucoup changé. En quelques dizaines d'années, nous sommes passés de la famille patriarcale, soulignant l'autorité paternelle et les liens de la filiation, à la famille conjugale, privilégiant les individus et leurs liens interpersonnels, puis à la famille moderne, qui mettrait en oeuvre progressivement son repliement dans la sphère privée. 
 
 
A chaque fois, ces mutations de la famille ont privilégié l'individualisme. Elles ont dans le même temps relativisé son inscription institutionnelle en général, et affaibli le mariage en particulier.

Une pastorale familiale, confrontée aux nouvelles réalités de la famille,  n'a alors pas d'autre choix que de se laisser travailler dans la foi par les joies  et  les souffrances qu'engendrent ces mutations de la famille. Disons-le, sans pour autant passer pour rétrogrades, les chrétiens sont parfois mal à l'aise lorsque certaines conduites semblent s'éloigner des pratiques communes de l'Evangile. IL faut bien reconnaître que le choix de certains de nos contemporains semblent nier les chemins de vies proposés par l’Evangile.
 
 
Pourtant, malgré ces mutations, les familles rendent toujours le service irremplaçable d'une inscription, dans la société et pour toute la société, d'expériences aussi essentielles que celles de la filiation, de la conjugalité, de la naissance ou encore de l'amour.
 
 
 Comme chrétiens nous sommes appelés à être les témoins visibles de cette inscription sociale de l'amour. Nous ne devons pas taire le projet d’amour de Dieu pour chaque homme comme un lieu d’espérance et d’épanouissement des personnes. Ce témoignage nous devons le rendre tout particulièrement au sein de nos  communautés chrétiennes en accompagnant nos  familles et les enfants dans leurs joies et leurs souffrances, toujours avec le regard bienveillant de l’amour divin. Un tel témoignage doit évidemment jaillir  en dehors de nos communautés.   : à l'école, au travail, dans les engagements associatifs. 
 
 
Les familles chrétiennes ne peuvent se dérober à un tel témoignage de la communion et de la réconciliation, pour elles-mêmes d'abord. Elles cherchent ainsi "à vivre fidèlement" les biens du mariage et de la famille comme "l'un des biens les plus précieux de l'humanité". Elles  doivent aussi toujours porter un regard de compassion envers les familles en situation d ‘échec. Trop de chrétiens  et de personnes souffrent aujourd’hui d’un sentiment d’incompréhension , notamment dans la parole de l’Eglise  sur leur état de vie familiales.

 
Nos familles ont besoin de trouver dans les communautés chrétiennes des témoins visibles pour tenir fidèlement et le plus joyeusement possible leurs engagements matrimoniaux ou familiaux. C’est entre autre dans la prière des uns pour les autres que nous pouvons le faire.

 Il revient à la famille chrétienne de déployer un nouveau dynamisme missionnaire. Cette mission passe aujourd'hui par l'éducation des enfants et le soutien des familles en difficultés. A travers l'enseignement, catholique ou non, les familles chrétiennes sont davantage au contact direct avec tous types de familles. 
 
 
Dans les bouleversements actuels, les défis de la famille appellent l'éthique familiale à se déployer sur le terrain de l'espace social et du bien commun. 
Une attention particulière doit être apportée  aux plus vulnérables et aux plus faibles, notamment les enfants. 
La famille est devenue essentielle pour tous et pour chacun. Contrairement aux analyses ou à certaines prévisions, la famille ne nous rend pas solitaires, mais davantage solidaires.  

C’est dans tout ce contexte passionnant, mais aussi complexe,  que je vous invite à vraiment réfléchir et à vous situer par rapport à tous les sujets éthiques posés aujourd’hui ( mariage pour les personnes de même sexe, et adoption d’enfants, procréation médicalement assistée, gestation par autrui, éducation des enfants et « théorie du genre » , débats sur la fin de vie…) ; aux enjeux considérables pour l’avenir de notre société, qui n’ont rien à voir avec une question de discrimination ou non discrimination , encore moins avec des notions d’égalités ou de non égalité, encore moins d’homophobies , que le futur projet de loi sur les mariage accordées aux personnes de même sexe et à l’adoption d’enfants par des familles homoparentales posent à notre société.

 Que le Seigneur guide nos pensées, nos choix et nos rencontres.

Que le Seigneur soit toujours avec  vous

 

                                                                                                                             Père Frédéric Benoist

 

 

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